13/09/21 - Discours en hommage à François Bovesse



Mesdames et messieurs,

Chères amies et chers amis de la Wallonie,

Bonjour à toutes et tous,


Vous me voyez très honorée de rendre hommage aujourd’hui à François BOVESSE, homme engagé, respecté, résistant et militant wallon, avec lequel j’ai la chance de partager un attachement fort à l’identité wallonne et bien sûr à la richesse de notre patrimoine namurois.


Nous sommes également rassemblés par notre activité professionnelle dans l’institution mère de la démocratie, le parlement, où il usa de son grand talent d’orateur et n’eut de cesse de défendre les valeurs démocratiques. Son parcours hors du commun est un guide qui indique non seulement le sens de l’intérêt général mais aussi la pratique du bien commun.


Rendre hommage à François Bovesse, comme à tout personnage historique, c’est probablement aussi davantage évoquer à son attention les prolongements nouveaux des combats d’antan, au-delà de célébrer ces derniers.


Je veux dire en cela que les grandes figures de l’histoire, comme l’est incontestablement François Bovesse, laissent en nous des sédiments de principes et de valeurs, des mots et des actes qui génèrent encore longtemps après leur disparition des vocations et des énergies vertueuses.


Rendre hommage à François Bovesse, c’est à travers sa plume de poète, parvenir encore à s’émerveiller de nos paysages mosans, et à quelques encablures de l’automne qui va les mordorer, saluer la chance que nous avons de vivre dans une région et une ville de confluent.


Une ville où l’eau du fleuve et de la rivière, Sambre et Meuse, comme l’hebdomadaire qu’il créa en 1912, à 22 ans, et les arbres des rives jouent une partition singulière. Et le propos reste noble et vif, même si les mots sont d’un autre temps littéraire, je le cite dans un sourire bienveillant (extraits de la Douceur mosane) :

« Je t’aime mon pays pour ta fine lumière

Qui met des reflets roux sur le bleu de nos toits », ou encore :

« Ici tout est tendresse en l’air léger qui penche

Le lilas qui verdit sur l’aubépine blanche

Et fait frémir la poudre d’or des peupliers »


C’est François l’écrivain qui nous invite à la balade, à profiter d’un rayon de soleil ou d’une pluie fine, pour que Namur et nature continuent de rimer…


Mais c’est François le militant, l’avocat, le Ministre, l’homme engagé, qui nous invite à l’action et au combat, nous invite à ajouter aux vertus de la contemplation des choses, le combat humaniste pour les citoyens. Et pour … les citoyennes. Vous me permettrez.


Certes, c’était moins la préoccupation de son temps, mais c’est une du nôtre, sur laquelle je voudrais m’attarder à présent, presque certaine qu’il y eût contribué, sans céder aux facilités de la projection ou d’une uchronie excessive, habité qu’il était par cet extrême sentiment de la nécessité et de l’urgence de la justice, là, ici, tout de suite…


En octobre dernier, après mon travail parlementaire, ministériel, politique local, il est évident que le devoir qui m’a été confié et la confiance accordée en me permettant d’accéder à la fonction de Présidente de la Chambre des représentants m’ont profondément marqués, et constitue, en toute modestie, un élément de rupture qui sont un des multiples actes dont la société a besoin pour progresser, elle qui le fait souvent par paliers et non de manière linéaire. Jugez-en : première femme présidente de la Chambre, après 51 hommes, il fallait que la 52ème carte de jeu fût différente, n’est-ce pas ? Il était temps !


Je me suis donc mise au travail, humblement mais avec une farouche détermination, comme François Bovesse l’aurait fait, pour faire avancer la démocratie et l’égalité, nourrie par la vision d’une futur meilleur, qui serait marqué par davantage de justice et d’humanité.


Depuis l’année passée, nous pouvons tout de même souligner avec satisfaction les avancées notables en termes de parité : un gouvernement composé d’autant de femmes que d’hommes, une double présidence féminine à la Chambre et au Sénat, des postes à connotation masculine occupés pour la première fois par des femmes comme la Défense ou encore une première Ministre. Il semblerait donc que ce plafond de verre commence à se fissurer pour doucement tracer son chemin vers plus d’égalité.


Fort heureusement, la Belgique fait preuve d’une position engagée en matière d’égalité des genres et de droits des femmes et des filles sur la scène internationale. Ces droits doivent continuer à apparaître commune une priorité forte dans nos agendas politiques.


L’acquisition du droit des femmes n’a pas toujours été une évidence, sans doute car il touche à des questions réputées comme sensibles, telles que les violences qu’elles soient physiques, sexuelles, psychiques ou économiques, les droits sexuels et reproductifs ou encore l’éducation complète à la sexualité. Toutes ces questions ne peuvent pas être éludées.


Il est tout d’abord nécessaire de continuer à sensibiliser l’opinion publique à l’importance et à la nécessité de la diversité et de l’égalité des sexes. Des campagnes de sensibilisation, dans les écoles, les médias et les réseaux sociaux, peuvent jouer un rôle important afin d’éliminer les stéréotypes sexistes. Où en sommes-nous aujourd’hui ? La promotion d’une société dénuée de discrimination, de normes sociales inégales et de préjugés encouragera chacun à prendre ses responsabilités car l’objectif n’est pas encore atteint.


La mise en œuvre d’une approche intersectorielle qui engage significativement notre société à déconstruire les différents systèmes de domination à l’origine de formes de discrimination et de marginalisation, la réappropriation des récits sur le genre et les droits humain et davantage de cohérence dans une politique tournée vers l’équité nous mènera sans aucun doute vers un monde plus juste. L’égalité des sexes n’est pas seulement un droit fondamental à la personne, elle est aussi un fondement nécessaire pour l’instauration d’un monde pacifique, prospère et durable.


L’unité, voilà une piste pour pouvoir vivre plus harmonieusement. La solidarité, un socle qui a l’ambition de faire de l’inclusion de tous une force plutôt qu’une faiblesse. La société de demain doit faire germer les différences pour prospérer et cela devra passer par le respect des droits de tous.


C’est pourquoi l’on peut s’inquiéter de ce qui se passe dans le monde, en particulier en ce moment en Afghanistan où les femmes sont obligées de cacher leurs livres ou de mettre en place des écoles secrètes. La désillusion des promesses semble évidente : les talibans expliquent qu’il pourrait ne pas y avoir de femmes à des postes à responsabilité. L’inclusion et l’ouverture promises semblent rester lettre morte. L’éducation est menacée, un environnement « spécial et sûr » devrait être préparé pour les femmes, et des enseignantes seraient désignées. Nous ne pouvons rester silencieux devant cette régression !

D’autant que ce qui est acquis un jour ne l’est pas nécessairement pour toujours ! Ainsi, c’est peu dire que la pandémie a creusé les inégalités déjà existantes pour les femmes dans de nombreux domaines : on a pu constater l’accroissement de la charge des soins non rémunérés ; l’augmentation des violences à leur encontre, particulièrement des violences domestiques ; puis les terribles conséquences économiques puisque près de 60% des femmes travaillent dans l’économie informelle à l’échelle mondiale avec des salaires moins élevés et davantage de risques pour elles de tomber dans la pauvreté.


Mes combats et enjeux à la tête de l’assemblée fédérale visent ainsi la participation citoyenne, la durabilité, la lutte contre les discriminations, la préparation de la présidence belge de l’UE en 2024.


J’entends rendre la Chambre plus moderne et plus visible et tenant mieux compte de l’impératif de l’égalité des genres.


Les droits acquis nécessitent notre plus vive attention, ils sont si précieux que nous devons continuer de les défendre comme s’ils étaient sous la menace de tous les instants.


Le combat de François BOVESSE contre tous les fascismes, les fanatismes, en faveur de la liberté, est toujours d’actualité et traverse l’Histoire. Nous pouvons puiser dans sa révolte un carburant pour nos luttes d’aujourd’hui, et c’est ce que je vois de récurrent dans l’hommage que nous lui rendons chaque année ici.


Les valeurs démocratiques, de solidarité, de résistance qu’il a défendues de sa vie trouvent toujours un écho aujourd’hui. La crise sanitaire que nous avons traversée et qui a renforcé les inégalités notamment vis-à-vis des femmes ; les réseaux sociaux dont les algorithmes nous emprisonnent de plus en plus dans une pensée unique, le désintérêt grandissant pour le vote obligatoire, garant de la démocratie ; l’inégalité de genre sont autant de dangers que nous nous devons de combattre au corps à corps.


Lui rendre hommage, c’est rendre hommage à toutes ces valeurs qui lui étaient chères et sur lesquelles nous pouvons toujours nous reposer aujourd’hui, pour lesquelles nous devons toujours nous battre dans l’espoir de tes conserver et les faire vivre aussi intensément qu’il ne l’a fait.


Pour conclure, je souhaite mettre en évidence aussi, eh oui, certaines de ces femmes de chez nous, sans doute oubliées et qui ont, elles aussi, à l’image de François BOVESSE, marqué notre histoire wallonne et namuroise : des artistes comme Louise Marie DANHAIVE, Marie Louise KINET ou Marie Henriette GUISE ; la première conseillère communale de Namur, Elizabeth CASTERMAN ou Madame MALOTEAU, ancienne bourgmestre de Namur qui avait repris les fonctions de son mari décédé. A toutes ces femmes, je souhaite leur rendre hommage à leur tour. A celles qui nous ont précédées et celles qui continueront d’emprunter le même chemin.


L’humanisme n’a pas de frontière, n’a pas de genre, il est la noblesse du cœur humain, de l’attention à l’autre et du respect de chacune et de chacun, il est un guide sur le chemin du progrès.


Enfin, je salue chaleureusement le Comité de Wallonie, gardien de la mémoire de l’homme qui institua les Fêtes de Wallonie et auxquelles il insuffle encore aujourd’hui sa dimension morale.


Chers Namurois, chers amis, ensemble, dans la joie et l’amitié profitons du folklore que les fêtes de Wallonie n’ont pu nous procurer l’année passée et célébrons sans modération notre identité wallonne, festive et combative !


Bonnes fiesses à tortos et tortotes !