Journée internationale du vivre-ensemble, le 16 mai 2022



Chèr(e)s collègues,

Mesdames, Messieurs,


Vivre ensemble en paix, c'est accepter les différences, être à l'écoute, faire preuve d'estime, de respect et de reconnaissance envers autrui et vivre dans un esprit de paix et d'harmonie.


Le 8 décembre 2017, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution proclamant le 16 mai Journée internationale du vivre-ensemble en paix. Cette journée est un moyen de mobiliser les efforts de la communauté internationale en faveur de la paix, de la tolérance, de l'inclusion, de la compréhension et de la solidarité. C’est aussi l'occasion d'exprimer le désir profond de vivre et d'agir ensemble, unis dans la différence et dans la diversité, en vue de bâtir un monde viable reposant sur la paix, la solidarité et l'harmonie. À ce grand édifice, chacun peut apporter sa pierre. Ce message doit l’emporter sur les passions de tous ordres : idéologiques, religieuses ou partisanes.


Dans le cadre de cette journée du 16 mai et dans un contexte compliqué de sortie de crise sanitaire, de flambée des prix et de guerre en Ukraine aux portes de l’Europe, j’ai souhaité instaurer à la Chambre un événement récurrent sur le vivre-ensemble. Car ces crises portent en elles le germe d’un retour à l’isolement des uns et des autres, peut-être même de ruptures. Vous le savez comme moi, beaucoup de Belges se sentent actuellement tributaires de situations économiques altérées. Pour bien des personnes l’avenir demeure sombre. Dans les périodes difficiles comme celle que nous traversons aujourd’hui, le danger est grand de voir les positions de certains se radicaliser. L’extrémisme se nourrit toujours de la montée des insatisfactions et des incompréhensions.


L’objectif de cette journée est de lancer un message d’espoir et d’optimisme : ouvrir les portes de la Chambre aux citoyen.ne.s qui défendent un projet mobilisateur et porteur de sens pour dépasser les clivages de nos sociétés, dominer les rancunes et vivre en harmonie.


Nous accueillons aujourd’hui le groupe « Retissons du lien » : il est composé de familles concernées par l’engagement d’un des leurs dans l’idéologie djihadiste, de personnes endeuillées et rescapées des attentats de Paris et de Bruxelles et d’intervenants de première ligne (des professionnels confrontés directement au phénomène dit de radicalisation violente tels les travailleurs sociaux de rue, les services d’aide aux justiciables, les enseignants, etc.).


Depuis le 22 mars 2018, ce groupe se réunit régulièrement pour poser une réflexion sur ce qui est arrivé. Accepter la pluralité des idées et développer l’empathie, réfléchir sur les représentations négatives, les assignations identitaires, les stigmates et leurs impacts, promouvoir l’exercice de la citoyenneté et de l’action non violente et, enfin, mener un travail de mémoire sur des événements qui ont marqué l’Histoire du 21ème siècle. Tels sont les principaux objectifs du groupe.


Souvenons-nous des années 2015, 2016 et 2017 qui nous ont laissé un monde meurtri par la violence aveugle et le fanatisme. Nous avons assisté, incrédules, à une véritable surenchère dans la terreur.


Ces attentats avaient pour but d’entretenir les germes de la division et de la dissension et de fragiliser nos sociétés démocratiques.


Nous avons toutes et tous, ici même dans cette assemblée, condamné avec force ce fanatisme qui nourrit le terrorisme car il incarne la négation même de l’humanité, cette humanité empreinte de différences et donc de respect.


Face aux forces de l’obscurantisme et du fanatisme, nous avons réaffirmé avec force le primat des libertés fondamentales et des droits imprescriptibles de chaque être humain.


Des groupes ou associations comme celui que nous accueillons aujourd’hui sont des éveilleurs de conscience. Ils nous rappellent qu’aucune doctrine, aucune religion ne peut détruire ou porter atteinte à la dignité de l’être humain en aucune manière, à aucun moment et en aucune circonstance. Ces femmes et hommes de bonne volonté privilégient résolument le dialogue, l’entente et la coopération en incitant les êtres humains au pardon et à la compassion afin de tracer les voies d’un monde plus fraternel, plus solidaire et plus humain.


Je souhaite en guise de conclusion, citer les propos tenus par Mohamed El Bachiri, belgo-marocain, musulman et molenbeekois, qui a perdu sa femme, son grand amour et la mère de ses enfants, lors des attentats du 22 mars 2016. Il a écrit un livre intitulé « Un jihad de l’amour».


Je cite: « Le jihad de l’amour devrait être la réponse à ceux qui cherchent à nous diviser et à propager la violence et le terrorisme. Maudite soit la guerre, maudit soit le terrorisme. Avançons avec le cœur et la raison, avec une conviction, religieuse ou non … Exploitons cette ressource inépuisable qu’est l’amour, une ressource issue du cœur et non du sol. »